Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 29 juillet

Le thème de la semaine : cahier de vacances chargé pour la BCE !

 

L’impact de la dernière réunion de la Banque centrale européenne (BCE) sur les marchés est finalement plutôt mitigé. Il faut dire que les investisseurs en attendaient beaucoup : un discours très accommodant de Mario Draghi ; des précisions sur un éventuel nouveau programme de rachat d’actifs ainsi que sur la possibilité d’un « tiering » (mesures en faveur des banques pour atténuer l’impact des taux négatifs) ; et même une baisse du taux de dépôt, dont les marchés estimaient la probabilité à près de 40%.

Finalement, beaucoup d’investisseurs semblent être restés sur leur faim. Le maintien d’un statu quo sur le taux de dépôt a été plutôt bien digéré. En effet, même si certains l’espéraient, une baisse n’était pas le scénario central. Et surtout, les marchés ont rapidement balayé ce non-événement pour se concentrer sur le discours de Mario Draghi, attendu très accommodant. Il ne l’a pas été autant qu’espéré.

Certes, le communiqué du Conseil des gouverneurs a intégré deux changements significatifs. D’une part, alors que jusque-là, il était question de « maintenir les taux à leur niveau actuel », la sémantique est à présent de les maintenir « à leur niveau actuel ou plus bas », ce qui annonce clairement une baisse de taux d’ici la fin de l’année, et même, peut-être, dès le mois de septembre. D’autre part, alors que l’inflation était auparavant abordée comme devant être « inférieure mais proche de 2% », le communiqué fait mention uniquement d’une convergence avec « sa cible ». Tout comme la Réserve fédérale (Fed), la BCE va donc adopter une approche « symétrique » sur l’inflation. Autrement dit, elle sera prête à laisser l’inflation dépasser les 2% sans remonter nécessairement les taux, afin de s’assurer que la tendance soit durable.

Si ces points entérinent le tournant très accommodant de la BCE, ils avaient été annoncés par Mario Draghi lors de son discours à Sintra. Aucune réelle surprise donc dans ces modifications du communiqué. C’est lors de la conférence de presse que les marchés se sont mis à douter. Ainsi, à la question « pourquoi ne pas couper les taux dès aujourd’hui ? », Mario Draghi a –t-il expliqué qu’il était « difficile d’être pessimiste aujourd’hui ». Au lendemain de la publication des très mauvais chiffres économiques de la zone euro, la rhétorique a de quoi surprendre, même si M. Draghi a invoqué la bonne tenue de la consommation et de l’emploi. Il a également insisté sur le fait que « la politique monétaire a déjà fait beaucoup », appelant directement les Etats à soutenir l’action de la BCE par des plans de relance budgétaire.

Par ailleurs, même si M. Draghi a rappelé que tous les instruments pouvaient être utilisés pour renforcer la politique monétaire, il semble qu’à ce stade, il n’y ait pas de consensus au sein du Conseil des gouverneurs sur les décisions à prendre, ni sur leur ampleur. Là encore, il faudra attendre le mois de septembre. Seule concession faite aux marchés : la garantie que toute baisse de taux sera accompagnée d’un mécanisme de « tiering ». Un peu maigre au vu des attentes…

Aplanir les dissensions au sein du Conseil des gouverneurs, définir l’ampleur et les actifs concernés par l’éventuelle relance d’un programme de rachat d’actifs, étudier les effets d’une nouvelle baisse des taux sur l’industrie bancaire afin de calibrer le « tiering » ou encore analyser les futures publications économiques pour affiner leurs estimations : les membres de la BCE vont devoir s’acquitter de beaucoup de devoirs de vacances cette année !

 

Telex

►  Manufacture en berne. Les difficultés du secteur manufacturier mondial perdurent, malgré de faibles signes d’amélioration entrevus ces deniers mois. Ainsi, les PMI manufacturiers préliminaires pour le mois de juillet ont-ils tous déçu, en France, en Allemagne, en zone euro comme aux Etats-Unis, en ressortant sous les attentes et en continuant de se dégrader. Seul le Japon fait preuve d’une timide amélioration. La dichotomie perdure en revanche avec le secteur de services. Si l’indicateur français a déçu, celui de l’Allemagne est ressorti en ligne, au niveau élevé de 55,4. A des niveaux moins emballants mais néanmoins solides, les statistiques japonaises et américaines sont également ressorties en hausse et au-dessus des attentes.

Bon a priori. La première estimation de la croissance du PIB américain au 2e trimestre est ressortie assez nettement au-dessus des attentes. En rythme annualisé, l’économie américaine a progressé de 2,1% sur les trois derniers mois contre 1,8%. Cela tient notamment à la consommation des ménages qui progresse plus que prévu. Le ralentissement par rapport au 1ertrimestre est néanmoins notable. Entre janvier et mars, le PIB américain avait crû de 3,1%.

De Theresa à Boris. Après avoir remporté, avec 64% des voix, le vote pour le leadership du parti conservateur, Boris Johnson a été nommé Premier ministre du Royaume-Uni et succède ainsi à Theresa May. Fervent partisan du Brexit, l’ancien maire de Londres a aussitôt réaffirmé sa volonté de voir le Brexit devenir effectif le 31 octobre prochain. Cette nomination augmente nettement le risque d’un Brexit sans accord.

 

 

Le picking de la semaine

LVMH : poursuite de la dynamique de croissance

L’actu. Trimestre après trimestre, LVMH défie les estimations du consensus en affichant au deuxième trimestre 2019 une croissance organique à deux chiffres.

Notre analyse. Le groupe français publie un chiffre d’affaires du second trimestre en croissance organique de 12%, poursuivant ainsi les excellentes tendances de début d’année et dépassant légèrement les attentes du consensus. L’environnement demeure très favorable, y compris en Chine où la croissance s’accélère. Le fait notable de la publication vient de l’accélération de la croissance sur la mode et maroquinerie – 40% du chiffre d’affaires du groupe – qui ressort en hausse de +20% au second trimestre après un premier trimestre déjà élevé à +15%. Cette accélération est le fruit d’une croissance répartie dans toutes les zones et pas uniquement pour la marque Louis Vuitton puisque Christian Dior croît à plus de 20%. L’absence de progression des marges s’explique par des investissements très importants en marketing. Un facteur positif pour la croissance du groupe à moyen terme.

En conclusion. La valorisation est revenue récemment sur des points hauts, ce qui n’est pas rare dans l’univers de croissance. Cette publication est positive et la focalisation du marché sur l’absence de progression de la rentabilité n’est pas selon nous de nature à inquiéter. Nous conservons nos positions dans Echiquier Major SRI Growth Europe et Echiquier Luxury.

 

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Enguerrand Artaz, Fund Manager

ISIN Echiquier Major SRI Growth Europe : FR0010321828 – Niveau de risque : 5/7
ISIN Echiquier Major SRI Growth Europe I : FR0011188275 – Niveau de risque : 5/7
ISIN Echiquier Luxury : FR0010960930 – Niveau de risque : 5/7
ISIN Echiquier Luxury I : FR0010458265 – Niveau de risque : 5/7
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