Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 21 septembre

Six mois, une éternité

Le 18 mars 2020, l’Euro Stoxx 50 touchait son niveau le plus bas de l’année après avoir vu sa capitalisation boursière fondre de 38% en seulement un mois. Nous avons aujourd’hui six mois de recul sur ce krach éclair et inédit provoqué par l’émergence de la pandémie de coronavirus. Six mois, c’est à la fois peu et suffisant pour tirer les premiers enseignements de cette rupture sociale, économique et financière.

Sur le plan sanitaire, la stratégie déployée en mars a depuis radicalement évolué. Face à la progression exponentielle des contaminations qui a conduit à une saturation hospitalière souvent dramatique, les gouvernements ont quasiment tous pris des mesures de confinement qui ont eu un impact aigu sur l’économie : la production et la consommation ont été brutalement plongées dans un coma artificiel. L’arbitrage entre les risques sanitaire et économique a lui aussi évolué. D’abord parce que l’on connaît mieux le virus, ensuite parce que les effets secondaires du confinement sont eux aussi plus clairs. Aujourd’hui, s’il n’est plus question de prendre des mesures aussi radicales, il s’agit de ménager la santé économique des Etats qui se remettent tout juste de la mise sous cloche du printemps. Si seconde vague il y a, son impact économique sera plus mesuré. La découverte d’un vaccin à brève échéance n’est pas non plus à exclure compte-tenu des moyens considérables déployés.

On a coutume de dire que les marchés anticipent la situation économique de six mois. En 2020, si l’anticipation a été juste, le timing l’a été un peu moins. Les indices boursiers ont emprunté le chemin de la rédemption dès fin mars pour une reprise économique qui aura débuté seulement un trimestre plus tard dans la plupart des pays développés. On ne saurait éviter de s’interroger sur la forme de la trajectoire du rebond. Le « L » a d’abord recueilli les suffrages des économistes, assez vite rattrapé par le « V », puis le « W », et pour que, in fine, le « K » soit la dernière lettre à la mode. Pourquoi le « K » ? Sa première barre verticale illustre la chute brutale, les deux barres obliques symbolisant d’un côté les segments durablement affectés (tourisme, transport, hôtellerie…), de l’autre les secteurs qui ont bénéficié de changements sociétaux accélérés par la pandémie (commerce en ligne, travail à domicile, écologie…). En réalité, cette crise a agi comme un accélérateur de tendances structurelles : pénétration accrue de la technologie dans la vie professionnelle et personnelle, croissance des questions environnementales. Finalement, c’est peut-être le « X » qui représente le mieux cette crise et ce rebond.

Sur le plan politique, enfin, si le manque de coordination entre Nations reste criant et conforte la thèse de la démondialisation, la coordination monétaire et budgétaire des institutions a contrebalancé cet écueil. Les banques centrales se sont engagées à entretenir des conditions financières accommodantes : les dépenses budgétaires des Etats ont de beaux jours devant elles. Notons toutefois que l’Europe se démarque en matière de coordination politique puisque c’est la seule zone marquée par une solidarité renforcée avec le lancement d’un plan de relance ambitieux et inédit par son mécanisme qui va dans le sens d’une union budgétaire.

Télex

2% et au-delà. La semaine dernière, la réunion de la Réserve Fédérale américaine (Fed) a permis de clarifier un peu plus l’évolution de sa cible d’inflation dont elle a redéfini l’objectif. Ce dernier se tourne vers une moyenne d’inflation et implique donc une latitude supplémentaire pour laisser filer l’inflation au-delà de 2%. Même si la prévision de croissance a été revue à la hausse, elle n’anticipe pas de progression de taux avant 2023. Les taux zéro ont de beaux jours devant eux.

Green is good.

L’Union européenne a renforcé la semaine passée ses ambitions en matière de réduction d’émissions de carbone. L’objectif – fixé sur la base des chiffres datant de 1990 – n’est plus de réduire de 40% les niveaux d’émissions d’ici 2030 mais de 55%. Le vert n’est plus une couleur à la mode, c’est un intemporel.

Le picking de la semaine

FOCUSRITE, quand la musique est bonne…

L’actu. L’entreprise de technologies musicales et d’interfaces audio destinés aux musiciens professionnels et amateurs, a profité du confinement pour stimuler ses ventes et accroître sa base de consommateurs. Ce qui devrait constituer un relais de croissance pour les années à venir.

Notre analyse. Les ventes du groupe britannique ont bondi de 52% sur les 12 derniers mois, passant de 84,7 millions à 129 millions de livres sterling. De même, la marge brute et l’EBITDA sont attendus en hausse, supérieurs aux attentes du marché.

Cette croissance est tirée par les produits destinés principalement à l’équipement d’enregistrement à domicile. Les revenus ont également été stimulés par deux nouvelles acquisitions, le fabricant berlinois d’enceintes de studio Adam Audio en juillet 2019, et le spécialiste des systèmes sons Martin Audio en décembre 2019. Toutefois, la croissance organique du groupe ressort aux alentours de 50% sur les six derniers mois (février-août 2020) avec une très forte hausse de la demande sur les deux catégories historiques FOCUSRITE, le matériel d’enregistrement de son et les launchpads électroniques Novation. Seule la demande des systèmes Martin Audio a été sensiblement inférieure au niveau d’attente d’avant la crise en raison de l’annulation des tournées et festivals de musique.

Par ailleurs, l’augmentation des ventes associée à de faibles retards de paiement des revendeurs et distributeurs, a entraîné une forte génération de trésorerie sur les douze derniers mois, avec un bilan net de 3 millions de livres sterling.

Conclusion. Malgré l’incertitude générée par la pandémie, tous les chiffres du groupe de High Wycombe sont dans le vert. L’entreprise a ainsi versé en août un dividende intérimaire de 1,3 pence par action, soit une hausse de 8,3% par rapport à l’année précédente. Les résultats annuels détaillés sont attendus pour fin novembre.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Clément Inbona, Fund Manager

Article achevé de rédiger le 18/09/2020.
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