Alexis Bienvenu

MACROSCOPE : l'édition du 03 Mai

L’Amérique dans l’au-delà

L’Amérique de Joe Biden engrange des records au-delà des espérances les plus folles, qu’il s’agisse des plans de relance réalisés et proposés, des résultats d’entreprises, du retour à l’emploi, du niveau de soutien de la Fed…

Quelques illustrations. AMAZON, un des grands gagnants des confinements de l’année 2020, a triplé son bénéfice net au premier trimestre 2021, excédant toutes les attentes, alors même que les Etats-Unis ont réduit les restrictions appliquées dans le pays. Confinement ou pas, AMAZON prospère.

Les autres grands de la technologie ne sont pas en reste : bénéfices nets en hausse de 163 % pour ALPHABET (maison mère de GOOGLE), 110 % pour APPLE, 94 % pour FACEBOOK et 44 % pour MICROSOFT. Et ce n’est pas un rebond : l’année dernière avait déjà mirifique pour eux.

Pour une (petite) part, ces profits ne servent pas qu’aux actionnaires. Ainsi AMAZON, sous pression politique certes, a décidé de relever le salaire de 500 000 de ses employés parmi les moins bien rémunérés. A plus large échelle, le revenu disponible des ménages, grâce aux chèques envoyés par l’administration Biden, a bondi de 21% en mars, du jamais vu.

Au niveau fédéral, les plans de soutien et d’investissement soutenus par Joe Biden se situent au-delà de ce qui était connu : après deux plans de soutien déjà larges votés sous D. Trump, Biden à peine arrivé au pouvoir a ajouté 1 900 milliards de dollars de stimulus dans le cadre du American Rescue Plan. Non content de ces mesures, il propose maintenant d’ajouter les plans American Jobs et American Families pesant près de 4 000 milliards de dollars à eux deux, touchant les infrastructures, l’organisation des soins, les familles en difficulté, l’éducation…

Est-ce au-delà du raisonnable ? Larry Summers, économiste influent aux Etats-Unis, proche pourtant des Démocrates, craint une surchauffe. Mais, à ce stade du moins, le marché ne le craint pas. Les taux d’intérêt sont calmes ces dernières semaines.

Est-ce au-delà du politiquement possible ? Les deux nouveaux plans en cours de discussion attirent contre eux les Républicains et occasionnent des débats y compris au sein des Démocrates les plus modérés. Mais combien de Démocrates oseront finalement se dresser contre des plans de soutien qui commenceront à prendre effet avant les élections de mi-mandat ?

L’Amérique actuelle est donc, comme elle le fut souvent au cours de son histoire, et malgré toutes ses failles, au-delà de ce qu’on pouvait imaginer en termes d’énergie. Y compris dans la remise en question d’elle-même : les plans à venir de Biden prévoient une substantielle augmentation des impôts sur les plus riches et les entreprises, à l’encontre du dumping fiscal qu’elle pratique depuis des décennies.

Pourtant, même dans cet au-delà, les marchés ne montent jusqu’au ciel. L’accumulation de bonnes nouvelles est telle que, couplée à des craintes de relèvements de la fiscalité et d’inflation, les marchés ont à peine progressé pendant cette semaine de records. Les marchés sont saturés de prospérité, et vaguement anxieux de ses conséquences. Ils digèrent l’abondance. Mais le fait même que les marchés ne flambent pas, sur les actions comme sur les taux, est bon signe : cela signifie qu’ils ne sont pas dans une phase d’exubérance irrationnelle, mais d’optimisme rationnel. A court terme, c’est peut-être frustrant. Mais pour l’au-delà, c’est rassurant.

 

Télex

Sweet Home Chicago : L’indicateur d’activité économique de la région de Chicago (MNI) pour le mois d’avril, à l’image de ce que l’on constate dans nombre d’autres régions, a battu un record datant du début des années 1980 : il ressort à 72,1 contre 65 attendu. La réouverture du pays conjuguée aux plans de soutien se lisent dans ces données exceptionnelles.

Au pays de la croissance calme. Les enquêtes d’activité en Chine sont moins flamboyantes qu’aux Etats-Unis car le rebond a commencé dès le deuxième trimestre 2020, mais elles demeurent de bonne facture. Ainsi le PMI Composite pour le mois d’avril baisse-t-il certes à 53,8 contre 55,3 précédemment, mais ce niveau reste élevé et durable. En outre, le PMI Caixin manufacturier donne un message plus nettement favorable, s’élevant à 51,9 contre 50,6 précédemment.

Le picking de la semaine

Kering – L’industrie du luxe ne connaît pas la crise

L’actu. La réouverture progressive des économies en ce début d’année profite au groupe de luxe français.

Notre analyse. Kering regroupe plusieurs maisons emblématiques de la mode, la maroquinerie et la joaillerie, à l’image de Gucci, Yves Saint Laurent, Bottega Veneta ou encore Balenciaga. Le groupe a publié des résultats supérieurs au consensus, avec un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros au premier trimestre 2021, soit une progression +25,8% par rapport au premier trimestre 2020. La hausse des ventes est portée par l’Asie (+83%) et l’Amérique du Nord (+46%) mais aussi de façon générale grâce au e-commerce qui a progressé de +108% sur le trimestre. L’ensemble des maisons du groupe a bénéficié de cette embellie et toutes affichent une croissance de leurs ventes à deux chiffres. Les deux principales marques du groupe ne font pas exception : la maison italienne Gucci a rebondi et progresse de +24,6% et Yves Saint-Laurent de +23,4%. Le chiffre d’affaires de la division “autres maisons”, qui comprend notamment Alexander McQueen et Balenciaga, s’est redressé quant à lui de près de +33,1%, à 714,3 millions d’euros.

Conclusion. Kering a réalisé une performance saluée au premier trimestre 2021, avec un chiffre d’affaires qui dépasse les niveaux d’avant la pandémie. Si le groupe peut souffrir de la comparaison avec LVMH, il conserve des réservoirs de croissance. Le rebond de sa marque phare, Gucci, en témoigne. La maison italienne confirme son attractivité, tout particulièrement auprès de la clientèle chinoise.

 

Auteur : Alexis Bienvenu, Gérant.

Article achevé de rédiger le 30/04/2021.
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