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Déconsommation

Ce néologisme que nous avons vu fleurir dans les médias ces derniers mois est né d’une réalité : les Français semblent délaisser le shopping et réduire leur consommation. La question est de savoir s’il s’agit d’un phénomène conjoncturel ou d’une tendance de fond. Et si nous étions tout simplement condamnés à moins consommer ?

 

Mode ou nouvelle ère ?

 

Il serait assez tentant de mettre sur le compte des gilets jaunes la baisse de la fréquentation des magasins en France, une diminution de -6,7%1 sur 2018. Il ne s’agit pourtant pas d’un phénomène concentré sur les deux derniers mois de l’année, mais de la cinquième année consécutive de baisse ! Que la distribution « physique » soit à la peine n’est pas nouveau, décollage du e-commerce oblige. Selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (FEVAD), la progression de ce dernier a atteint 13% en 2018. Ce qui est nouveau en revanche, c’est que le report sur la distribution en ligne auquel on pouvait s’attendre ne s’est pas produit cette année. Les Français ont tout simplement moins consommé.

Il est encore trop tôt pour conclure sur le caractère structurel de cette tendance. A ce stade, il semblerait que les Français aient acheté moins mais mieux, faisant le choix de la qualité. Un comportement que les jeunes générations, les fameux Millenials, qui favorisent l’usage au détriment de la possession, semblent avoir adopté depuis longtemps. D’après un sondage de l’Observatoire Société et Consommation, 35% des moins de 30 ans ont ainsi eu recours à la location au cours des 12 derniers mois, le double du taux observé en moyenne en France. Ces jeunes auraient-ils mieux compris que leurs aînés que l’hyperconsommation n’est pas soutenable ? Auraient-ils autant de bon sens que l’économiste Kenneth Boulding pour qui « quiconque pense qu’une croissance exponentielle peut se poursuivre indéfiniment dans un monde aux ressources limitées est soit un fou soit économiste » ? Sommes-nous condamnés à un avenir de faible croissance, voire de décroissance par épuisement des ressources naturelles ? Car de la déconsommation à la décroissance, il n’y a qu’un pas : en France, la consommation, qui représente environ 52% du PIB, a contribué à la croissance de la richesse nationale à hauteur de 43% en moyenne ces 10 dernières années.

 

#Exigez l’ISR2

 

Dans le monde académique, de nombreuses voix s’élèvent pour qualifier le « développement durable », d’oxymore. Elles appellent à se résoudre à la décroissance. Le découplage entre la croissance économique d’une part et la consommation de ressources naturelles ou la pollution d’autre part ne se matérialise toujours pas. Au mieux, nous constatons parfois un découplage « relatif » (baisse des ressources par unité de PIB) mais l’urgence est telle que le relatif n’est plus suffisant. Déjà, en 1972, un groupe d’experts du MIT publiait un rapport intitulé « Les limites à la croissance » mettant en exergue la centaine d’années restante avant que la croissance de la population et de l’activité industrielle ne dépasse les capacités de la planète. Pour les 40 ans du rapport, son principal auteur, Dennis Meadows, indiquait qu’il était déjà trop tard pour le développement durable et que, contrairement à ce que pensent les optimistes, les progrès technologiques seraient insuffisants pour inverser la tendance. Nul doute que si ce scénario se concrétisait, les marchés financiers n’en sortiraient pas indemnes, et l’on se doit, en tant qu’investisseurs de long terme, de se poser ces questions. Une chose est sûre : agir pour l’environnement n’est plus une option. Chacun d’entre nous a une responsabilité, dans ses actes quotidiens comme dans ses choix d’épargne. #Exigez l’ISR !

 

Sonia Fasolo

 

1  Procos, fédération française représentative du commerce spécialisé
2 #Exigez l’ISR ! a été lancé par le FIR : http://www.exigez-isr.com/