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Flash marchés : « crise » italienne

1 – Quelle situation économique en Italie ?

 

Graph 1

 

▪  En termes économiques, l’Italie accuse un retard significatif sur la moyenne de la zone euro. Sa croissance potentielle fait également partie des plus faibles de l’Union monétaire. Le pays a cruellement besoin de réformes structurelles pour combler l’écart avec ses partenaires européens. C’est pour cette raison que les récentes élections et les négociations pour la formation d’un gouvernement ont été si attentivement suivies.

 

Graph 2 ▪  Avec un ratio de dette sur PIB qui dépasse les 130%, l’Italie a l’un des niveaux d’endettement les plus élevés de la zone euro et des pays développés.

 

▪  La solvabilité budgétaire italienne est menacée par la récente hausse des taux longs. Ceux-ci flirtent avec les 3%. Or, on considère qu’au-dessus de 3,1% sur le taux à 10 ans, le ratio dette / PIB augmente, ce qui est un élément inquiétant compte tenu du niveau d’endettement actuel. Et ce qui pourrait à terme menacer la notation de la dette italienne par les agences de notation.

 

2 – Retour sur la crise politique

 

▪  A l’issue des élections générales du 4 mars dernier, deux partis populistes et peu europhiles sont arrivés en tête, le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue (arrivée en tête devant le Forza Italia de Silvio Berlusconi au sein de la coalition de droite). Aucun parti n’ayant néanmoins obtenu la majorité, une coalition était donc nécessaire afin de pouvoir former un nouveau gouvernement. Scénario relativement peu probable au départ, l’alliance entre le M5S et la Ligue s’est matérialisé via l’accord des deux partis sur la nomination des présidents des deux chambres du Parlement.

▪  Les deux partis se sont ensuite entendus pour proposer un candidat au poste de président du Conseil : Guiseppe Conte, juriste inconnu du grand public et sans réelle expérience politique. Malgré des doutes sur certaines formations universitaires mentionnées dans son CV, il est finalement chargé, le 23 mai, par le président Sergio Mattarella, de former un gouvernement. Toutefois, les discussions se tendent rapidement, principalement sur le nom du futur ministre des Finances.

▪  La Ligue et M5S veulent en effet à ce poste Paolo Savona, un économiste de 81 ans connu pour ses positions eurosceptiques. Une nomination à laquelle s’oppose le président Mattarella, conduisant Guiseppe Conte à renoncer, le 27 mai. A la suite de cette démission, le président a convoqué Carlo Cottarelli, ancien du FMI, afin de le charger de former un gouvernement. Un gouvernement qui n’aurait aucune chance d’obtenir le vote de confiance du Parlement et ne serait donc qu’un gouvernement technique, destiné à administrer les affaires courantes et, surtout, à préparer de nouvelles élections, probablement en août.

▪  C’est à l’heure actuelle le scénario le plus probable. Toutefois, l’hypothèse de la formation d’un gouvernement de coalition entre le M5S et la Ligue n’est pas complètement écarté. Le M5S, qui depuis dimanche soir appelait à la destitution du président, s’est déclaré prêt à revoir sa position, si Sergio Mattarella ne s’opposait plus à formation de ce gouvernement de coalition.

 

3 – Quels scénarios et quelles conséquence pour notre gestion ?

 

▪  Le scénario central est aujourd’hui celui de nouvelles élections, en d’août, voire en septembre. Cela n’éclaircirait néanmoins pas forcément le tableau. Le M5S ne baisse pas dans les sondages et la Ligue dépasse aujourd’hui les 20% d’intentions de vote, après avoir obtenu 17% lors des élections de mars. Ainsi, de nouvelles élections auraient-elles de fortes chances de déboucher sur une nouvelle victoire de ces deux partis. De plus, le veto mis par Sergio Mattarella lors de la tentative de formation du gouvernement les conduirait probablement, la Ligue notamment, à durcir leur discours et remettre en avant une rhétorique eurosceptique qu’ils avaient écartée lors de la dernière campagne. Ce qui créerait de nouveaux accès de stress sur les marchés, avec comme épée de Damoclès, un éventuel référendum sur l’appartenance de l’Italie à la zone euro.

Graph 3 ▪  L’autre point d’attention est la potentielle contagion aux autres pays de l’Europe du sud, rappelant les mauvais souvenirs de 2011. Néanmoins, la situation budgétaire de ces pays, de l’Espagne et du Portugal notamment, n’est plus du tout la même et leur appartenance à la zone euro n’est pas en question. L’écartement des spreads de taux dans le sillage du spread italien correspond à notre sens davantage à une surréaction de marché qu’à une réalité économique ou politique, même si l’Espagne connaît elle aussi une phase de stress politique.

▪  Il y a toutefois aujourd’hui peu d’éléments à même de calmer rapidement les incertitudes des marchés. Si la BCE peut éventuellement intervenir verbalement et reporter sa communication sur l’avenir du QE (attendue pour la réunion de juin), elle ne pourra guère soutenir davantage la dette italienne qu’elle ne le fait déjà dans le cadre de ses programmes de rachats d’actifs. Alors que les derniers chiffres européens, notamment les PMI, ont été en demi-teinte, il nous semble clair que les tensions resteront vives au cours de l’été, jusqu’à d’éventuelles élections, et même au-delà, et que cela alimentera un régime de volatilité plus élevé.

▪  Cette hausse des incertitudes, alors que la progression des marchés en avril/mai a quelque peu réduit le potentiel de gain sur les actions, rend moins attractif le couple rendement/risque des actions européennes sur lequel nous nous basions depuis le début d’année. Sur le marché du crédit, nous restons à l’affût d’opportunités sur des émetteurs dont les primes de risque seraient trop sanctionnées. Côté actions, avec des expositions italiennes de 0 à 10%* pour nos principales stratégies, nous n’augmentons plus les risques dans nos portefeuilles, voire allégeons quelques lignes avant d’y voir plus clair sur la politique italienne.

 

*Données au 31/05/2018, ces données sont susceptibles d’évoluer dans le temps.
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